Toxoplasmose, chat et femme enceinte : ce qu’il faut savoir

On entend beaucoup parler de la toxoplasmose, mais c’est une maladie qui n’est pas toujours bien expliquée, que l’on soit gardien de chat ou femme enceinte. Dans cet article, nous allons voir à quoi est due cette maladie, les conséquences pour notre santé et celle des chats, ainsi que les moyens de prévention.

La toxoplasmose, qu’est-ce que c’est ?

La toxoplasmose est une maladie causée par un petit parasite invisible à l’œil nu : Toxoplasma gondii. C’est ce qu’on appelle une zoonose, car c’est une maladie transmise par les animaux à l’humain, mais elle n’est pas contagieuse entre les êtres humains. Toxoplasma gondii peut se trouver sous une forme dite inactive, celle de kystes, dans les tissus de la plupart des animaux à sang chaud tels que les porcs, les bœufs, les moutons, les chèvres et les oiseaux. Ces animaux sont des hôtes intermédiaires de Toxoplasma gondii et ne présentent généralement pas de symptômes. Le parasite peut aussi se trouver sous forme d’oocystes, que l’on retrouve dans l’environnement.

Le chat, ainsi que les autres félins, est un hôte définitif, ou hôte final, du parasite Toxoplasma gondii. Le parasite peut se reproduire dans l’intestin du chat. Il prend alors une forme active et produit des oocystes. Le chat élimine ensuite ces oocystes dans ses excréments. Ces oocystes sont extrêmement résistants et peuvent survivre dans un environnement favorable jusqu’à un an.

L’humain peut être atteint de la toxoplasmose s’il ingère des kystes ou des oocystes. Les kystes peuvent se trouver dans la viande crue ou peu cuite. Tandis que les oocystes vont se retrouver dans les selles des chats, mais aussi dans la terre ou l’eau contaminées par des excréments de chats, ainsi que dans les légumes et fruits crus mal lavés qui ont poussé dans de la terre.

La toxoplasmose apparaît lors de la première infestation par le parasite, ensuite, bien que le parasite reste présent dans le corps pendant plusieurs années, le système immunitaire le maintient sous une forme inactive et il n’entraîne plus de symptômes, vous êtes donc immunisé.e pour toute votre vie !

Grâce à l’amélioration des conditions d’hygiène, la prévalence de la toxoplasmose et le nombre de personnes immunisées sont en baisse, avec environ 30 % des personnes immunisées en France en 2020, contre 80 % en 1960. [1,2] C’est donc une maladie encore assez fréquente.


Est-ce que la toxoplasmose est une maladie grave ?

Cela dépend ! Dans environ 80% des cas pour les personnes adultes en bonne santé, la primo-infection à la toxoplasmose passera inaperçue et sera entièrement asymptomatique. [1]

En cas de maladie, celle-ci est souvent bénigne, les symptômes étant une fièvre modérée, des ganglions enflés, de la fatigue, des maux de tête ou encore des douleurs articulaires et musculaires.

Néanmoins, certaines parties de la population qui sont plus fragiles peuvent développer des formes graves de la toxoplasmose, c’est le cas en particulier des femmes enceintes et des personnes immunodéprimées.

En effet, bien que la femme enceinte n’aura pas de symptômes dans la majorité des cas, la toxoplasmose peut traverser la barrière du placenta et être transmis au fœtus. L’infection du fœtus peut alors causer une toxoplasmose congénitale pouvant entraîner des complications graves : mort in utero, accouchement prématuré, problèmes neurologiques, déficit visuel.

Dans 90% des cas, la toxoplasmose congénitale est latente : le nouveau-né n'a pas de symptômes à la naissance mais une apparition des symptômes au cours de la vie comme une forme oculaire ou neurologique reste possible. 

Plus la grossesse avance, plus le risque de transmission de la mère à l’enfant augmente, mais plus le risque d’atteinte grave diminue. On estime que le risque de transmission est de 10% au premier trimestre, 30-40% au second trimestre, et 60-70% au troisième trimestre. [1,3]


Je suis enceinte, est-ce que je dois abandonner mon chat ?

Nous venons de le voir, les femmes enceintes sont particulièrement à risque concernant la toxoplasmose, et les chats jouant un rôle dans la transmission de cette maladie, on peut encore trop souvent entendre “Madame, vous êtes enceinte, vous devez vous séparer de votre chat”, et autres variations allant jusqu’à l’euthanasie du chat.

Regardons en détail quelles sont les recommandations ainsi que les risques pour les femmes enceintes.

Tout d’abord, le dépistage de la toxoplasmose est obligatoire en France si vous êtes enceinte et sera prescrit lors de la première consultation médicale. [4,5]

Il y a alors deux cas de figure selon le résultat de la prise de sang :

  • Vous êtes déjà immunisée contre la toxoplasmose car votre sérologie est positive : vous n’avez pas de précaution à prendre vis-à-vis de vos chats ou de la toxoplasmose. Mais attention, cela ne protège pas d’autres infections et bactéries qui causent des restrictions alimentaires pendant la grossesse comme la listéria !

  • Vous n’êtes pas immunisée contre la toxoplasmose car votre sérologie est négative. Dans ce cas, il y a des précautions à prendre pour réduire les risques de contamination et la sérologie doit être répétée chaque mois jusqu’à l’accouchement pour vérifier que vous n’avez pas attrapé la toxoplasmose au cours de la grossesse.

Maintenant, dans le deuxième cas de figure où vous devez faire attention à la toxoplasmose lors de votre grossesse, est-ce que cela veut dire que vous devez vous débarrasser de votre chat ?
Comme nous l’avons vu précédemment, le chat est un hôte final de la toxoplasmose, et il peut donc excréter des oocystes dans ses selles, ce qui est un facteur de risque. Néanmoins, le chat excrète des oocystes uniquement lors de sa première contamination avec le parasite pendant une durée d’une à trois semaines. On estime donc qu’à un moment donné, seulement 1 % des chats excrètent activement des oocystes. [6,7]

De plus, une fois excrétés, les oocystes deviennent infectieux, ou actifs, seulement après avoir sporulé, soit 1 à 5 jours après leur excrétion. Si vous nettoyez la litière de votre chat quotidiennement, cela réduit drastiquement les risques.

Enfin, un chat qui n’a pas accès à l’extérieur et qui a une alimentation exclusivement cuite (croquettes, pâtée ou ration ménagère cuite) ne présente aucun risque de contamination, car il ne pourra pas attraper la toxoplasmose.

Les selles contaminées sont le seul moyen de transmission, un chat ne peut pas transmettre la toxoplasmose par des morsures, des griffures, de la salive ou encore des caresses. [8]

Pour résumer, bien que les chats soient un facteur de risque de la toxoplasmose, le risque de transmission est faible si vous respectez les règles d’hygiène, et il n’est donc pas nécessaire d’abandonner votre chat !
Le plus important est le respect des règles d’hygiène :

  • Enlever les excréments des litières tous les jours et, si possible, faire nettoyer les litières par un autre membre de votre foyer.

  • Laver les litières à l’eau chaude (plus de 70 °C) régulièrement. L’utilisation d’eau de Javel n’est pas nécessaire.

  • Se laver les mains après avoir nettoyé les litières, caressé son chat et avant de manger.

Comme nous allons le voir dans la partie suivante, il y a d’autres facteurs de risque de la toxoplasmose, principalement liés à l’alimentation.

Quels sont les principaux facteurs de risque de la toxoplasmose ?

Plusieurs études ont montré que, chez l’humain, la contamination par la toxoplasmose était principalement liée à la consommation de viande crue ou insuffisamment cuite, ainsi que de légumes ou fruits crus souillés, plutôt qu’à la présence d’un chat. [6,9–14]

La consommation de mollusques crus est aussi une source de contamination. En effet, les mollusques bivalves, comme les huîtres, moules, palourdes ou coques, filtrent l’eau et peuvent accumuler des oocystes si l’eau est contaminée.

Parce que la terre peut être souillée par des excréments de chats et donc des oocystes, jardiner (et le contact avec de la terre en général) est aussi une voie de contamination.

Pour les mêmes raisons, l’eau non traitée ou non filtrée peut aussi être une source de contamination importante, en particulier dans les pays où l’accès à l’eau potable et aux infrastructures sanitaires est limité.

Outre les recommandations liées aux chats, voici les recommandations liées à l’alimentation et à l’hygiène pour réduire les risques de toxoplasmose :

  • Consommer de la viande cuite à plus de 67 °C

  • Ne pas consommer de mollusques crus : huîtres, moules, palourdes…

  • Ne pas consommer de lait cru (chèvre ou vache)

  • Boire de l’eau filtrée ou traitée

  • Laver à l’eau les fruits et légumes mangés crus (l’utilisation du vinaigre blanc n’est pas nécessaire)

  • Porter des gants pour faire du jardinage et se laver les mains soigneusement ensuite

  • Se laver les mains avec du savon avant de manger ou de préparer un repas, après avoir manipulé de la viande crue ou des légumes crus, après le jardinage

  • Après avoir manipulé de la viande crue ou des légumes crus, laver les surfaces et les ustensiles que vous avez utilisés.

La toxoplasmose est-elle dangereuse pour mon chat ?

Comme pour nous, la toxoplasmose est asymptomatique dans 80 % des cas chez le chat adulte en bonne santé, mais certains chats peuvent parfois avoir des signes cliniques.

En effet, pour les chats immunodéprimés, ayant un système immunitaire affaibli comme par exemple en cas de FIV ou de FeLV, ou à cause d’un traitement, ils peuvent développer des symptômes comme :

  • Fièvre

  • Léthargie

  • Perte d’appétit

Et dans les cas les plus graves :

  • Atteinte respiratoire : toux, essoufflement

  • Atteinte neurologique : convulsions, tremblements

  • Atteinte oculaire

  • Jaunisse

Le chat peut se contaminer en mangeant de la viande crue contenant des kystes, que ce soit des proies sauvages qu’il chasse ou dans le cadre d’une alimentation crue. Ou encore en ingérant des oocystes, par exemple dans de l’eau souillée.

Alimentation crue pour mon chat et toxoplasmose : quels sont les risques ?

Parce que la viande peut contenir des kystes de parasites dans ses tissus, donner une alimentation crue comporte un risque de toxoplasmose pour votre chat.

Pour limiter ce risque, des options existent : 

  • Passer à une alimentation maison cuite : en effet la cuisson à cœur à 67 °C détruit les kystes. [15]

  • Congeler la viande pendant au moins 3 jours à -20 °C inactive les kystes. [15–17]

Néanmoins, comme nous l’avons vu, cette maladie est peu dangereuse pour la majorité des chats en bonne santé, et l’accès à l’extérieur pourrait être un risque de contamination plus important. [14]


Pour résumer, bien que bénigne pour la majorité de la population, la toxoplasmose peut être grave pour les femmes enceintes. C’est pour cela que des mesures alimentaires et hygiéniques sont indispensables pour les femmes enceintes n’ayant pas eu la toxoplasmose avant leur grossesse. Néanmoins, contrairement à ce que l’on peut encore trop souvent lire, des mesures extrêmes comme l’abandon de son chat durant la grossesse ne sont absolument pas nécessaires !

J’espère que cet article aura été utile et vous aidera à mieux comprendre cette maladie.

Autres lectures à ce sujet

Toxoplasmose : Foutez la paix aux chats ! - Boules de Fourrure

Toxoplasmose : gestes de prévention à adopter lors de la grossesse ou en cas d'immunodépression | ameli.fr 

Les infections par des parasites pendant la grossesse | ameli.fr

Toxoplasmose : définition, symptômes et complications possibles | ameli.fr

Sources

1. Toxoplasmose : définition, symptômes et complications possibles. [cited 9 Apr 2026]. Available: https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/toxoplasmose/definition-symptomes-complications-possibles

2. Nogareda F, Le Strat Y, Villena I, De Valk H, Goulet V. Incidence and prevalence of Toxoplasma gondii infection in women in France, 1980-2020: model-based estimation. Epidemiol Infect. 2014;142: 1661–1670.

3. Picone O, Fuchs F, Benoist G, Binquet C, Kieffer F, Wallon M, et al. Toxoplasmosis screening during pregnancy in France: Opinion of an expert panel for the CNGOF. J Gynecol Obstet Hum Reprod. 2020;49: 101814.

4. Toxoplasmose : êtes-vous immunisé(e) ? [cited 9 Apr 2026]. Available: https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/toxoplasmose/bons-reflexes-cas-faut-consulter

5. Section 1 : Examens médicaux obligatoires. (Articles R2122-1 à R2122-3) - Légifrance. [cited 9 Apr 2026]. Available: https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000006190389

6. Elmore SA, Jones JL, Conrad PA, Patton S, Lindsay DS, Dubey JP. Toxoplasma gondii: epidemiology, feline clinical aspects, and prevention. Trends Parasitol. 2010;26: 190–196.

7. Zhu S, Shapiro K, VanWormer E. Dynamics and epidemiology of Toxoplasma gondii oocyst shedding in domestic and wild felids. Transbound Emerg Dis. 2022;69: 2412–2423.

8. Gharbi M, Yera H, Dupouy-Camet J. Le chat, la femme et le toxoplasme : quels conseils prodiguer pour une femme enceinte séronégative à la toxoplasmose possédant un chat ? Gynecol Obstet Fertil Senol. 2026 [cited 13 Apr 2026]. doi:10.1016/j.gofs.2026.01.015

9. Baril L, Ancelle T, Goulet V, Thulliez P, Tirard-Fleury V, Carme B. Risk factors for Toxoplasma infection in pregnancy: a case-control study in France. Scand J Infect Dis. 1999;31: 305–309.

10. Cook AJ, Gilbert RE, Buffolano W, Zufferey J, Petersen E, Jenum PA, et al. Sources of toxoplasma infection in pregnant women: European multicentre case-control study. European Research Network on Congenital Toxoplasmosis. BMJ. 2000;321: 142–147.

11. Pinto-Ferreira F, Caldart ET, Pasquali AKS, Mitsuka-Breganó R, Freire RL, Navarro IT. Patterns of transmission and sources of infection in outbreaks of human toxoplasmosis. Emerg Infect Dis. 2019;25: 2177–2182.

12. Bobić B, Nikolić A, Klun I, Vujanić M, Djurković-Djaković O. Undercooked meat consumption remains the major risk factor for Toxoplasma infection in Serbia. Parassitologia. 2007;49: 227–230.

13. Said B, Halsby KD, O’Connor CM, Francis J, Hewitt K, Verlander NQ, et al. Risk factors for acute toxoplasmosis in England and Wales. Epidemiol Infect. 2017;145: 23–29.

14. Hartmann K, Addie D, Belák S, Boucraut-Baralon C, Egberink H, Frymus T, et al. Toxoplasma gondii infection in cats: ABCD guidelines on prevention and management: ABCD guidelines on prevention and management. J Feline Med Surg. 2013;15: 631–637.

15. Mirza Alizadeh A, Jazaeri S, Shemshadi B, Hashempour-Baltork F, Sarlak Z, Pilevar Z, et al. A review on inactivation methods of Toxoplasma gondii in foods. Pathog Glob Health. 2018;112: 306–319.

16. Dubey JP. Long-term persistence of Toxoplasma gondii in tissues of pigs inoculated with T gondii oocysts and effect of freezing on viability of tissue cysts in pork. Am J Vet Res. 1988;49: 910–913.

17. Hsu C-W, Wang P-J, Huang P-Y, Lien C-Y, Wu L-H, Lai Y-H, et al. Molecular and serological detection of Toxoplasma gondii infection in mammals in the Taipei Zoo. Zoonoses Public Health. 2022;69: 904–914.

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