Les protéines et l’alimentation crue du chat

Cet article fait partie d’une série dans laquelle nous explorons la science de la nutrition. Après l’eau et l’énergie que j’ai abordé dans des articles précédents de la série, il est temps de s’attaquer aux macronutriments. Dans l’article d’aujourd’hui, nous allons donc parler d’un des trois macronutriments : les protéines. Nous allons voir dans cet article, ce que sont les protéines, quels sont les besoins du chat en protéines et nous allons également aborder des sujets controversés tel que l’excès en protéines.

Les protéines, qu’est ce que c’est ?

Les protéines sont des molécules constituées d’acides aminés liés ensemble en une chaîne.
Les protéines ont de nombreuses fonctions : elles sont des composants de nombreux tissus comme les muscles, les poils, la peau, les os, les ongles, les tendons, les ligaments et le cartilage… De plus, les enzymes qui permettent les nombreuses réactions métaboliques du corps telles que la digestion sont des protéines, de même les hormones comme l'insuline sont aussi des protéines. Le système immunitaire repose aussi sur les protéines puisque les anticorps sont de larges molécules de protéines. [1]
Dans les tissus, les protéines sont constamment détruites et remplacées ce qui explique le besoin en protéines. Néanmoins, comme le corps est capable de fabriquer ses propres protéines à partir d'acides aminés, on peut dire que le corps n'a pas un besoin en protéines en tant que tel mais un besoin en acides aminés. Cependant, puisque l'alimentation contient des protéines et non des acides aminés individuels, ce besoin est tout de même exprimé en protéines. [1]
Parmi les nombreux acides aminés 11 sont essentiels pour le chat, ce qui veut dire qu'ils doivent être apportés par l'alimentation, car le chat n'est pas capable de les synthétiser.
Les 11 acide aminés essentiels sont les suivants : l'arginine, l'histidine, l'isoleucine, la leucine, la lysine, la méthionine, la phénylalanine, la thréonine, le tryptophan, la valine et la taurine. La taurine n'est pas essentielle pour le chien mais l'est pour le chat, j'ai dédié un article entier sur celle-ci.
Comme nous l'avons vu dans l'article sur l'énergie, en plus des nombreux rôles métaboliques des protéines, celles-ci peuvent aussi apporter de l'énergie au chat. Un gramme de protéine fournit entre 3,5 et 4 kcal en fonction de la digestibilité de l'alimentation.
Les protéines fournissent aussi de la saveur à l’alimentation : en général, augmenter la quantité de protéines dans l’alimentation augmente la palatabilité. [6]

La qualité des protéines

Toutes les protéines ne se valent pas. En effet, elles varient en qualité : elles ne sont pas toutes utilisées avec la même efficacité par le corps. Il y a différentes façons de définir si une protéine est de bonne ou mauvaise qualité, car cela dépend de plusieurs facteurs. 3 paramètres importants sont le profil en acides aminés des protéines, la digestibilité et la valeur biologique. [1]


Le profil en acides aminés

La composition en acides aminés correspond à leurs répartitions et proportions dans une protéine. Les protéines de bonnes qualités contiennent de grandes quantités d’acides aminés essentiels et en particulier de la lysine, méthionine et du tryptophane. 

La digestibilité

La digestibilité se réfère à la capacité du corps à décomposer les protéines ingérées en acides aminés. Elle est influencée par plusieurs paramètres tels que la durée et le temps de cuisson ou encore le contenu en fibre de l’alimentation. Par exemple, les protéines trop cuites forment des produits de Maillard qui sont des composants indigestibles et nocifs (on les a déjà mentionnés dans l’article sur la taurine) : dans ce cas, la digestibilité des protéines est réduite. Les alimentations avec une haute teneur en fibres (> 10% de fibres) réduisent la digestibilité des protéines car elles préviennent leur absorption.
Comme expliqué dans l’article sur les bienfaits de l’alimentation crue, lorsque des protéines non digérées arrivent dans le gros intestin, elles sont fermentées en composés putréfactifs. Ce sont ces composés qui donnent aux selles leur mauvaise odeur. Dans le cas de l’alimentation crue comme les protéines ont une très haute digestibilité, les selles sont peu odorantes.


La valeur biologique

La valeur biologique des protéines correspond à la capacité du corps à convertir les acides aminés absorbés en tant que tissus. Cette valeur est différente de la digestibilité : par exemple dans le cas d’une protéine avec une faible digestibilité, le peu de protéines qui est absorbé peut être utilisé très efficacement par le corps, alors la valeur biologique sera haute, et inversement. [1]


Des exemples de sources de protéines d'origine animale sont la viande, les organes, le poisson, les œufs, les farines animales parfois appelées protéines animales déshydratées ou même viande déshydratée, ….
Des exemples de sources de protéines d'origine végétale sont le gluten de blé, la farine de gluten de maïs, farine de gluten de blé, la farine de soja, les pois, l’isolat de protéines de pois…
Les protéines d’origine animale sont généralement de meilleure qualité que les protéines d'origine végétale car elles ont une meilleure valeur biologique, digestibilité et profil d’acides aminés que les protéines végétales. [1][11]

Le besoin en protéine : pourquoi les aliments industriels ne contiennent pas toujours assez de protéines

Le besoin en protéine dépend de plusieurs facteurs tel que l’âge du chat, la densité énergétique de l’alimentation, la qualité des protéines, etc....
En effet, les chatons, les femelles gestantes ou allaitantes ont des besoins en protéines plus élevés que les chats adultes parce qu’ils doivent créer des nouveaux tissus.
Comme nous l’avons vu dans l’article sur l’énergie, les besoins en nutriments dépendent de la quantité de nourriture que le chat mange, qui dépend elle-même de l’énergie de l’alimentation. Si la nourriture a une haute teneur en énergie, le chat mangera moins et donc il devra y avoir plus de protéines dans l’alimentation.
Enfin, si les protéines sont de mauvaise qualité, le besoin en protéine sera plus élevé. Par exemple, si le profil en acide aminé n’est pas adapté ou si la digestibilité est trop basse, le chat devra manger plus de protéines pour le même résultat que s’il consommait des protéines de bonne qualité. [1]

Maintenant, regardons les chiffres pour les recommandations minimales en protéines :

  • La recommandation actuelle du NRC (publié en 2006) est de 50g pour 1000kcal, ce qui est équivalent à 20% de protéines sur la matière sèche (MS) pour une alimentation ayant 4000kcal par kg.

  • La recommandation de l’AAFCO est de 65g pour 1000kcal, ce qui est équivalent à 26% de protéine MS

  • La recommandation de la FEDIAF est de 62.5g pour 1000kcal, ce qui est équivalent à 25% de protéine MS.

Pour vous donner une meilleure idée de ce que représentent ces chiffres pour votre propre chat, c’est à peu près équivalent à 3 ou 4g de protéines par kg de votre chat (ou environ 20 à 30% des calories venant des protéines).
Cependant, une étude plus récente (publiée en 2013) qui a utilisé une autre méthodologie pour estimer le besoin en protéines, est arrivé à la conclusion que le besoin minimum est de 5.2g de protéines par kg de chat. Ce qui est à peu près équivalent à 81g pour 1000kcal, ou 32% de protéines sur la matière sèche, ou 30 à 40% de calories venant des protéines. [5]
Cette valeur est bien plus proche de ce que les chats sauvages mangent puisque 50% de leur calories viennent des protéines. [4] De plus, lorsque dans des études les chats peuvent choisir plusieurs aliments avec des profils nutritionnels différents, ils sélectionnent aussi environ 50% de leur calories venant des protéines. [6][8][9]

Les recommandations officielles sous-estime donc le besoin en protéine du chat : je recommande au moins 5.2g de protéines par kg de chat. De plus, il semble que les chats sont métaboliquement adaptés pour avoir une proportion de 50% de leur calorie venant des protéines. [3][10]

Si vous donnez des croquettes

Parce que le besoin en protéine du chat est plus élevé que les recommandations officielles, il est possible qu’une alimentation supposément "complète et équilibrée" soit en réalité carencée en protéines. Si vous donnez des croquettes, assurez-vous qu’elles contiennent au moins 30% de protéines.


Quelles sont les conséquences d’une carence en protéine ?

Les principales conséquences d’une alimentation carencée en protéine sont un retard de croissance chez les chatons, une perte de poids et de masse maigre (une perte de muscle), une fourrure en mauvais état avec le poil cassant. Comme les carences en protéines sont souvent associées à un déficit en énergie dans ce cas, les symptômes seront de la léthargie, un système immunitaire fragile et une digestion moins efficace.


L’excès de protéines : trop de protéines est-ce que c’est mauvais ?

Donner une alimentation élevée en protéine n’est pas toxique pour le chat. Historiquement, on pensait qu’une alimentation riche en protéine (supérieur au besoin du chat), pouvait provoquer des dommages au rein et en particulier chez les animaux de compagnie âgés. 
On sait maintenant que cette théorie est fausse. [1] Au contraire les animaux âgés en bonne santé peuvent tirer des bénéfices d’une alimentation contenant plus de protéines de haute qualité, parce que cela les aidera à garder leur masse musculaire. [1]
Pour le sujet sensible de l’insuffisance rénal chronique, ce qui peut être néfaste pour les reins c’est une alimentation élevée en phosphore et non en protéines, mais j’aborderais ce sujet plus en détails dans un futur article. De plus, les restrictions de protéines pour les chats atteints d’insuffisance rénal chronique restent controversées dans le monde vétérinaire. [7]


Les protéines dans l’alimentation crue

Dans la grande majorité des cas, la quantité de protéines n’est pas un problème dans l’alimentation crue puisque la viande crue contient des protéines de haute qualité et facilement digestibles. De même, vous n’avez pas besoin de vous préoccuper des acides aminés dans l’alimentation crue à l’exception de la taurine. Il peut y avoir moins de taurine que le besoin nutritionnel du chat en particulier si vous donner beaucoup de viande contenant peut de protéines comme du blanc de poulet ou du lapin. Hacher la viande peut aussi réduire la quantité de taurine, pour plus de détails à ce sujet je vous conseille de lire mon article sur la taurine.

Néanmoins, soyez attentif au gras dans l’alimentation. Les viandes qui contiennent beaucoup de gras (>15% de lipides sur la matière humide ou plus de 250kcal pour 100g) contiennent souvent moins de 80g de protéines pour 1000kcal.
Des exemples de viandes avec beaucoup de gras sont le bœuf haché (20% ou 30% de matière grasse), l’épaule d’agneau, le magret de canard avec la peau…
Les viandes maigres qui contiennent moins de 5% de matière grasse (ou moins de 150kcal pour 100g) contiennent généralement beaucoup de protéines, plus de 150g pour 1000kcal. Des exemples de viandes maigres sont le blanc de poulet, le filet de porc, le gibier…
Les viandes qui ont une teneur modérée de matière grasse (autour de 10% et environ 175kcal pour 100g) contiennent autour de 120g de protéines pour 1000kcal. Des exemples de viandes modérément grasse sont le blanc de poulet avec la peau, le boeuf haché à 10%, la caille…
À la fin de cet article, vous trouverez un tableau avec les quantités de protéines dans différentes découpes de viande.




Pour conclure, les protéines sont essentielles pour votre chat et doivent être de hautes qualités. Si vous donnez une alimentation crue élevée en matière grasse, vous n’avez pas besoin de vous inquiéter de la quantité de protéines ou du profil d’acides aminés.
Par contre, pour l’alimentation industrielle, les recommandations officielles actuelles sont plus basses que le besoin en protéines réel du chat. Si vous donnez des croquettes, vous devez vous assurer qu'elles contiennent au moins 30% de protéines.
Enfin, l'excès en protéine n’est pas dangereux pour les chats et les chats âgés n’ont pas besoin d’une alimentation réduite en protéines.

Protéine dans la viande crue

Découpe g de protéine / 100g matière brute g de protéine / 1000kcal
Blanc de poulet 22.5 187.5
Blanc de poulet avec peau 20.9 121.2
Poitrine de boeuf 17.7 66.1
Paleron de boeuf 21.8 169.9
Boeuf haché 10% mg 20.0 113.6
Boeuf haché 20% mg 17.2 67.6
Boeuf haché 30% mg 14.4 43.2
Magret de canard 17.9 52.6
Épaule d'agneau 16.8 64.6
Filet de porc 20.7 172.1
Jarret de porc 19.9 103.0
Escalope de dinde 23.3 204.7
Cuisse de dinde avec peau 19.5 121.4
Escalope de veau 20.7 191.7
Épaule de veau 20.7 166.9
Cerf 23.0 191.3

Si le nombre est en jaune, la découpe contient moins de 80g de protéines pour 1000kcal ce qui est moins que la recommendation de 2013. Ce sont généralement des viandes avec beaucoup de matière grasse (>15%).

Si le nombre est en vert clair, la découpe contient autour 120 g de protéines pour 1000 kcal, ce sont généralement des découpes modéré en matière grasse (~10%).

Si le nombre est en vert foncé, la découpe contient plus 150 g de protéines pour 1000 kcal, généralement ce sont des viandes maigres qui contiennet 5% de matière grasse ou moins.


Sources

[1] (2015). Canine and Feline Nutrition (Linda P. Case et al.).
[2] National Research Council. 2006. Nutrient Requirements of Dogs and Cats. Washington, DC: The National Academies Press.
[3] Eisert R. Hypercarnivory and the brain: protein requirements of cats reconsidered. J Comp Physiol B. 2011;181(1):1-17.
[4] Plantinga EA, Bosch G, Hendriks WH. Estimation of the dietary nutrient profile of free-roaming feral cats: possible implications for nutrition of domestic cats. Br J Nutr. 2011;106 Suppl 1:S35-S48.
[5] Laflamme DP, Hannah SS. Discrepancy between use of lean body mass or nitrogen balance to determine protein requirements for adult cats. J Feline Med Surg. 2013;15(8):691-697.
[6] Hewson-Hughes AK, Colyer A, Simpson SJ, Raubenheimer D. Balancing macronutrient intake in a mammalian carnivore: disentangling the influences of flavour and nutrition. R Soc Open Sci. 2016;3(6):160081. Published 2016 Jun 15.
[7] Scherk MA, Laflamme DP. Controversies in Veterinary Nephrology: Renal Diets Are Indicated for Cats with International Renal Interest Society Chronic Kidney Disease Stages 2 to 4: The Con View. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2016;46(6):1067-1094.
[8] Salaun F, Blanchard G, Le Paih L, Roberti F, Niceron C. Impact of macronutrient composition and palatability in wet diets on food selection in cats. J Anim Physiol Anim Nutr (Berl). 2017;101(2):320-328.
[9] Allaway D, de Alvaro CH, Hewson-Hughes A, Staunton R, Morris P, Alexander J. Impact of dietary macronutrient profile on feline body weight is not consistent with the protein leverage hypothesis. Br J Nutr. 2018;120(11):1310-1318.
[10] Alice S. Green, Jon J. Ramsey, Cecilia Villaverde, Danny K. Asami, Alfreda Wei, Andrea J. Fascetti, Cats Are Able to Adapt Protein Oxidation to Protein Intake Provided Their Requirement for Dietary Protein Is Met, The Journal of Nutrition, Volume 138, Issue 6, June 2008, Pages 1053–1060.
[11] Funaba M, Oka Y, Kobayashi S, Kaneko M, Yamamoto H, Namikawa K, Iriki T, Hatano Y, Abe M. Evaluation of meat meal, chicken meal, and corn gluten meal as dietary sources of protein in dry cat food. Can J Vet Res. 2005 Oct;69(4):299-304.


Sources for the table

USDA

CIQUAL

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